Vers une solution durable de financement de la culture en Afrique.
Vers une solution durable de financement de la culture en Afrique.
De nos jours, le secteur culturel est au cœur d’énormes enjeux dans les domaines artistiques, sociaux, économiques et même politiques.
C’est ainsi qu’en Afrique, ce secteur est encore confronté aux problèmes de financement et de capacité de ses acteurs.
Le problème de financement est néanmoins le plus récurrent et le plus épineux parce qu’il est la cause de tous les autres maux.
Jusqu’à ces derniers temps, le financement de la culture en Afrique était essentiellement basé sur les subventions et les autres financements publics tels que les financements extérieurs. Les Etats africains eux-mêmes par faute de moyens mais aussi par faute de volonté politique peinent à s’investir dans ce domaine. Question de priorité politique. L’Afrique a d’autres priorités nous dira-t-on. Il faut bien se nourrir, bien se vêtir avant de penser à la culture. Et c’est justement cette culture de la culture qui nous ruine lentement et nous aliène progressivement.
Du coup, nos dirigeants font du financement de la culture une affaire de second rang laissé à la disposition, au bon vouloir et au bon sens de la coopération étrangère. Pour tout dire, c’est l’autre qui doit entretenir notre culture à nous. Raisonnement insensé que de penser que c’est notre ami qui est plus intéressé que nous à notre manière de vivre, de penser ou d’agir. C’est l’autre qui a plus intérêt que nous à notre culture.
Peut-on en réalité financer quelque chose dont on n’a aucun intérêt ?
Depuis longtemps nous avons appris à se faire payer pour sauvegarder notre culture, nous avons appris à mendier afin de valoriser notre culture. Et tout ceci au nom de quoi ?
Certainement au nom de la coopération nous dira-t-on.
Mais comme le dit un adage de chez nous, « si la main qui reçoit ne se fatigue pas, celle qui donne finit par s’essouffler ». Il est un constat de nos jours. Au fil des temps, les bailleurs de fonds extérieurs finissent par se lasser.
La coopération bilatérale a progressivement fait place à la coopération multilatérale au nom du transfert de compétences. Les métropoles ont progressivement laissé cette prérogative au grand regroupement qu’est l’Union Européenne.
Très bientôt nous allons assister au nom de la mondialisation, au désengagement des grands regroupements régionaux tels que l’Union Européenne en Europe, l’ALENA en Amérique du Nord, et l’ASEAN en Asie, au profit des groupes mondiaux tels que l’OMC, le PNUD, l’UNESCO et les institutions de Bretton-Woods.
Et l’Afrique dans tout cela ?
L’Afrique attend sagement que tout le système se mette en place et lui soit profitable. Pourvu qu’elle continue par recevoir des aides et autres subventions pour la coopération et les échanges culturels.
Qu’on le veuille ou non la culture est un bien identitaire et de ce fait, se doit d’être protégée, promue et valorisée. Nul ne peut donc mieux le faire que nous-mêmes.
Il nous paraît inadmissible qu’on puisse répandre sa pauvreté jusqu’à la culture qui devrait être à notre avis l’essence même de notre existence.
La culture se vit ! Elle ne s’invente pas, elle de se crée pas et elle ne se mendie pas.
L’Afrique devrait se forger une dynamique pour financer sa culture à l’heure de la mondialisation. Car en fait, mis à part la richesse naturelle dont elle regorge et qui fait l’objet de convoitises qu’on connait, l’Afrique recèle de véritables trésors artistiques et culturels. L’Afrique est dotée d’immenses gisements culturels inexploités. Faut-il encore attendre qu’on vienne nous apprendre à les exploiter ?
Il n’est plus de doute que la culture constitue un des fondements des nouveaux modèles de développement dans le monde. Ce qui doit plus valoir pour l’Afrique.
Il revient donc aux africains de se doter de véritables modèles de développement culturel. Et ceci doit passer par le privilège d’un développement intérieur avec les moyens et les ressources intérieurs.
Le privilège du financement privé
Nous parlions de financement comme véritable problème au développement culturel de l’Afrique.
Il faut donc pour résoudre ce problème, asseoir une politique de financements intérieurs de la culture. Il en existe deux types : les financements publics et les financements privés.
Parlant de financements publics, les Etats africains parce qu’ils sont en majorité appauvris et les banques parce qu’elles ne font pas encore confiance au secteur culturel qu’elles jugent à risque, ne se résolvent pas à financer la culture en Afrique.
Il ne reste qu’à s’appuyer sur le financement privé qui doit être l’issue de salut pour le secteur culturel.
Cependant, il faut régler certains détails et huiler certaines machines avant que la locomotive ne se mette sur les rails.
L’éducation de la population nous semble la première étape à franchir. Car la culture et son développement trouve leur fondement dans l’existence de la population qui les incarne. Elle est la masse consommatrice et le premier acteur du développement culturel.
Le renforcement de la capacité des acteurs culturels devient une exigence pour la réussite de ce projet tant est que cette couche de la population est la locomotive du développement culturel. La professionnalisation des acteurs culturels est une nécessité parce qu’il faut professionnaliser le secteur culturel.
Le secteur culturel étant de nos jours financiarisé (financiarisation de la culture), il faut donc des professionnels pour assurer sa gestion et son existence.
L’institution d’un cadre juridique et institutionnel adéquat pour le secteur culturel devient un gage de développement parce qu’il faut des instruments juridico-institutionnels pour garantir la fiabilité, la viabilité et la rentabilité des projets et investissements culturels.
La légalisation et la formalisation des activités et entreprises culturelles créent un cadre économique assaini et serein pour le développement culturel. Il faut donc créer un cadre légal pour les structures culturelles quelles qu’elles soient en privilégiant les petites et moyennes entreprises culturelles parce qu’elles reflètent la réalité économique des Etats africains et elles constituent la fondation de leurs économies.
En Afrique, la majorité des entreprises culturelles (environ 90% des opérateurs économiques sont des PME/PMI) évolue dans l’informel. Ce qui crée un énorme manque à gagner pour les économies nationales.
Enfin le développement du mécénat comme outil par excellence de financement de la culture devrait être une des meilleures solutions du développement culturel en Afrique.
Simplement parce que le concept du mécénat cadre bien avec le système sociologique africain basé sur l’entraide et le bénévolat. En instituant le mécénat culturel en Afrique, on pourra être sûr d’avoir touché le réel point de développement culturel. Que ce soit le mécénat financier, le mécénat en nature ou encore le mécénat de compétence, l’Afrique est socialement préparée et prédisposée pour y adhérer et le pratiquer. Ce qui du coup devient un chantier beaucoup plus jouable et moins compliqué que les autres moyens de financements qu’il faut adapter aux réalités de nos Etats quand on sait que le « copier-coller » ne marche pratiquement jamais en Afrique. A suivre …